Se peser tous les jours : et si la balance ne mesurait pas ce que vous croyez ?

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C’est le matin. Vous êtes à jeun, vous êtes passé aux toilettes, et vous montez sur la balance. Pendant une seconde, tout se suspend. Le chiffre s’affiche. Et selon ce qu’il dit, votre journée démarre du bon pied, ou votre moral en prend un coup pour le reste de la journée.

Vous connaissez cette routine par cœur. Alors aujourd’hui, on va faire quelque chose que vous ne faites jamais avec ce chiffre : on va regarder ce qu’il contient. Vraiment. Parce que le poids n’est pas un indicateur aussi pertinent ni aussi significatif qu’on le croit, et ce que la balance fabrique dans votre tête mérite encore plus d’attention que ce qu’elle affiche.

La balance, chacun sa guerre

Par rapport à la balance et à la pesée, mes patients ont des comportements très divers, et ils racontent tous quelque chose.

Il y a les personnes qui ne se pèsent jamais, parce qu’elles ont peur du chiffre qui apparaîtrait sur la balance. Elles « savent », de toute façon, ou croient savoir : le jean qui serre, les ballonnements, l’énergie qui n’est pas là. Parfois à raison, parfois à tort. Elles préfèrent ne pas apprendre une mauvaise nouvelle.

Il y a celles qui se pèsent tous les jours, et parfois même plusieurs fois par jour. La plupart savent parfaitement que ça n’a pas vraiment de sens, et pourtant elles ne peuvent pas s’en empêcher : elles me le disent elles-mêmes. Là, c’est l’hypercontrôle qui guide, quitte à encaisser les mauvaises nouvelles avec les bonnes.

Il y a enfin celles qui ont trouvé un rythme qui les protège, une fois par semaine, une fois par mois : toujours préoccupées par leur poids, mais lucides sur ce que la balance leur fait, et décidées à ne pas lui donner plus de pouvoir que ça.

Et vous savez ce qui frappe, dans ce tableau ? Ne jamais se peser et se peser trois fois par jour, ce sont les deux visages de la même peur : la peur de grossir, ou de ne pas perdre. L’une fuit le verdict, l’autre le surveille. Alors quel que soit le groupe auquel vous appartenez, vous n’avez pas tort d’en faire partie : c’est une émotion forte qui parle, et elle parle de votre rapport à votre corps. Mais vous gagneriez à savoir ce que le chiffre contient vraiment.

Ce que le chiffre contient vraiment

Prenons un scénario qui vous est peut-être déjà arrivé.

Vous vous levez en forme. Depuis plusieurs jours, vous vous sentez mieux : plus d’énergie, plus de vitalité, et même mieux dans vos vêtements. Ce matin, vous vous pesez, et la balance affiche 600 grammes de plus. D’un coup, toute cette positivité s’évanouit : votre moral est foutu pour la journée.

Pourtant, hier soir, vous avez simplement mangé plus salé que d’habitude. Des fruits de mer, ou une pizza au jambon bien salé. Et vous pensez sincèrement avoir fabriqué un demi-kilo de gras dans la nuit ? Eh bien non. La seule chose qui s’est passée, c’est que ce repas salé vous fait retenir de l’eau. Vous n’avez pas stocké un gramme de gras de plus que d’habitude. Et pourtant, votre journée est foutue. Pour de l’eau.

Autre scénario, encore plus trompeur. Depuis deux ou trois semaines, vous bougez davantage : le jardin au printemps, des vacances où on marche beaucoup, ou simplement la décision de vous entretenir pour vous sentir mieux dans votre corps. Alors votre corps fabrique un peu de muscle. Et ce muscle neuf stocke de l’énergie sous forme de glycogène : pas du gras, au contraire, un carburant prêt à être consommé directement par le muscle. Or ce glycogène retient l’eau, lui aussi : trois à quatre grammes d’eau pour chaque gramme de glycogène stocké, c’est mesuré et documenté depuis des années. Résultat : vous vous sentez mieux, votre silhouette s’affine peut-être même un peu, mais votre poids stagne, voire monte. Et vous vous découragez. Parfois jusqu’à arrêter cette activité qui vous faisait tant de bien. Avez-vous déjà abandonné une activité, découragé ou découragée parce que vous aviez pris du poids, ou que vous n’en aviez pas perdu ? Alors qu’en réalité, c’était une bonne nouvelle : vous vous sentiez mieux grâce à cette activité physique.

La leçon à retenir : le poids ne se lit jamais d’un jour à l’autre, et encore moins d’un repas à l’autre. Un repas, même plus riche que d’habitude, ne se transforme pas en poids dès le lendemain : l’équilibre alimentaire, comme l’évolution du poids, se joue sur plusieurs jours. Alors si vous tenez à vous peser, faites-le au plus une fois par semaine, toujours le matin à jeun, dans les mêmes conditions et sur la même balance ! Plus souvent, cela n’a tout simplement pas de sens.

Ce que la pesée fabrique dans la tête

Mais le vrai sujet n’est pas la fiabilité du chiffre. Le vrai sujet, c’est ce que cette routine installe.

Se peser tous les jours, ou plusieurs fois par jour, c’est une stratégie de contrôle qui ne dit pas son nom. Regardez le mécanisme : avec la balance, vous venez vérifier le résultat d’un comportement, ce que vous avez mangé, l’activité que vous avez faite, adopté dans le but de contrôler votre poids. Vouloir agir sur son poids est parfaitement légitime. Mais ce contrôle mental permanent porte un nom clinique : la restriction cognitive, cette voix qui surveille votre assiette, et avec elle votre activité physique et tous les comportements censés servir le poids.

Et que le chiffre vous plaise ou non, il va dicter ce que vous mettrez dans votre assiette au repas suivant. Bon chiffre, on s’autorise ; mauvais chiffre, on corrige. Dans aucun des deux cas ce n’est une bonne chose, et voici pourquoi : votre tête est alors soit dans le passé, à refaire le procès de ce qui a produit le chiffre, soit dans le futur, à calculer ce qu’il faut tendre ou redresser. Jamais dans le présent, jamais sur les seules questions utiles : de quoi ai-je besoin, qu’est-ce qui me donne envie, là, maintenant ? Une assiette dictée par la balance est, par définition, déconnectée de ce que votre corps demande réellement ce jour-là, de sa faim, de ses besoins, de ses signaux. Vous ne mangez plus selon vous : vous mangez selon un verdict. Et vous savez déjà où mène l’assiette pilotée par des règles au lieu des sensations : au placard de 21 h 30.

Il y a plus profond encore. Ce chiffre quotidien entretient le jugement porté sur votre corps, et ce jugement, à son tour, abîme votre relation à la nourriture : ce cercle-là, où tout commence toujours par le corps, je l’explique en détail dans la page sur l’alimentation émotionnelle. La pesée compulsive n’est pas un simple tic : c’est la roue qui fait tourner ce cercle chaque matin.

Que ce soit des enseignes se targuant de pratiquer la diététique, ou des enseignes de box repas et de régimes se targuant d’être conseillées par des diététiciennes, certaines l’ont d’ailleurs très bien compris, à leur manière : elles affichent en vitrine ou dans leurs publicités les kilos perdus de leurs clientes, semaine après semaine, prénom à l’appui. Tout l’accompagnement y est suspendu au chiffre. Je vous laisse imaginer ce que vit la cliente de la semaine où le chiffre ne descend pas.

L’impédancemètre que j’ai revendu

Quand je me suis installé, j’ai équipé mes deux cabinets. Deux balances, et, parce que je voulais bien faire, un impédancemètre professionnel : l’appareil qui détaille la composition corporelle, masse grasse, masse musculaire, masse hydrique, masse osseuse. Un investissement de plusieurs milliers d’euros, autour de 5 000 €, pour vous donner une idée.

Je l’ai revendu au bout de deux mois. À perte, d’ailleurs : mettons ça sur le compte des erreurs de jeunesse. Parce que j’ai compris très vite que cet appareil travaillait contre mon approche. Des personnes déjà dans le contrôle et le stress de leur poids, j’allais leur donner quatre chiffres à surveiller au lieu d’un ? Détailler la masse grasse et la masse maigre de quelqu’un que son poids angoisse déjà, ce n’est pas de l’accompagnement : c’est du carburant pour l’hypercontrôle.

Les deux balances, elles, sont restées. Elles servent presque uniquement aux personnes qui ne se sont jamais pesées avant de me consulter, pour savoir d’où on part, et à celles qui m’en font la demande expresse. Je ne pèse pas mes patients à chaque séance, et je ne leur demande pas des nouvelles de leur poids : quand ils se sont pesés, ce sont eux qui m’en parlent, pour me confier une déception ou un contentement, et on travaille avec. C’est un choix assumé, et c’est de là que vient la phrase que vous lisez partout sur ce site : sans jugement, et sans balance obligatoire. Parce que dans mon accompagnement, le succès ne se mesure pas en kilos : quand la relation à la nourriture s’apaise, le poids suit son chemin vers son point d’équilibre, à son rythme, et ce chemin ne se surveille pas au gramme près.

Les autres boussoles

Alors, comment savoir où on en est, si ce n’est pas par la balance ?

D’abord par quelque chose que le chiffre ne mesurera jamais : comment vous vous sentez. Plus d’énergie, moins de fatigue, cette impression de légèreté qui revient, les ballonnements qui s’estompent, les jambes moins gonflées le soir. Ces changements-là sont réels, ils ne sont ni inventés ni fantasmés : ce sont souvent les premiers signes que quelque chose bouge dans votre corps, bien avant que la balance daigne le confirmer. Et ce serait vraiment dommage de gâcher une impression vraie par une pesée qui tournerait mal.

Ensuite, si vous voulez une mesure, le tour de taille : il raconte souvent mieux que le poids ce qui se passe du côté de la masse grasse, et il ne se laisse pas berner par l’eau du muscle. Là aussi, sans en faire un nouveau rituel quotidien : une mesure de temps en temps, dans les mêmes conditions, suffit largement.

Le reste, la place exacte à donner ou à reprendre à la balance dans votre histoire, le rythme qui vous protège vous, c’est un travail qui se fait accompagné, au cas par cas : c’est ce que je mène en consultation, et que je détaille pas à pas dans EatZen.

Faites le point

Le chiffre du matin n’est qu’un morceau du tableau. Pour voir l’image entière, j’ai construit un quiz de treize questions, à partir de ce que j’entends en consultation depuis des années : la tête qui surveille, le corps qu’on n’entend plus, les émotions qui mènent au placard, la guerre qui dure. Trois minutes, résultat immédiat, sans email.

Pas encore prêt à faire le point ?

Vous rejoignez la liste EatZen, l’application pour faire la paix avec la nourriture. À l’ouverture : avant-première et premier parcours gratuit. Désinscription à tout moment.

Vous préférez en parler de vive voix ?

Je consulte à Dourdan, à Étampes et en visio. La première séance est un état des lieux de votre histoire avec le poids et la nourriture. Sans jugement, et sans balance obligatoire : sur cette page, vous savez désormais pourquoi.


Stéphane Persyn, diététicien-nutritionniste spécialisé en obésité, praticien du G.R.O.S.-TCA, formé ACT. Pendant mon jeûne intermittent, je me pesais tous les jours. Et quand ce n’était pas assez, je sautais mon seul repas de la journée. Mon histoire est ici.

Sources. Sur l’eau liée au glycogène (3 à 4 g d’eau par gramme) : Olsson K.-E. et Saltin B., Variation in Total Body Water with Muscle Glycogen Changes in Man, Acta Physiologica Scandinavica, 1970 ; confirmé chez l’humain par Fernández-Elías V.E. et coll., Relationship between muscle water and glycogen recovery after prolonged exercise in the heat in humans, European Journal of Applied Physiology, 2015.