« Je manque de volonté » : et si c’était exactement l’inverse ?
Lundi matin, la motivation est là. Cette fois c’est la bonne, vous tenez le plan, vous refusez le gâteau au bureau, vous mangez léger. Mardi, ça tient. Mercredi, ça tient encore, mais ça coûte déjà plus cher. Et puis arrive un jeudi soir, ou un vendredi, la journée a été longue, et tout craque d’un coup. Le placard, le paquet, la suite que vous connaissez.
Et la sentence tombe, toujours la même : je n’ai aucune volonté.
Permettez-moi de vous poser une seule question avant que vous signiez ces aveux : tenir trois, quatre, cinq jours de restriction en refusant à chaque repas ce dont vous avez envie, recommencer ce cycle des dizaines de fois pendant des années sans jamais renoncer à essayer… c’est ça, votre manque de volonté ? Parce que vu de ma chaise de diététicien, c’est un des plus hauts niveaux de volonté que je connaisse. Les personnes que j’accompagne, celles qui ont le plus de poids et le plus d’échecs de régimes derrière elles, sont presque toujours celles qui ont déployé le plus de volonté, le plus longtemps. Ce ne sont pas les moins courageuses. Ce sont les plus guerrières.
Le problème n’est pas la quantité de votre volonté. C’est ce qu’on lui demande de faire.
La volonté est une ressource, pas un trait de caractère
On parle de la volonté comme d’une qualité qu’on aurait ou pas, gravée quelque part entre le courage et la paresse. La réalité de terrain, celle que tout le monde peut observer sur sa propre semaine, est différente : la volonté est une ressource qui se dépense. Elle est haute le matin, entamée à midi, et basse le soir, surtout après une journée de travail, de décisions, de contrariétés, de fatigue.
Faites le test sur votre propre histoire : à quelle heure craquez-vous ? Presque jamais à 9 h du matin. Presque toujours en fin de journée, au moment précis où la ressource est au plus bas et où, comme par hasard, la faim accumulée et les tensions de la journée sont au plus haut. Ce n’est pas une coïncidence, c’est une arithmétique : on vous demande de fournir le plus gros effort de contrôle au moment où vous avez le moins de carburant pour le fournir.
Et chaque journée de restriction coûte. Refuser, calculer, se surveiller, négocier avec soi-même : tout ça puise dans la même réserve. La restriction ne demande pas un effort de volonté. Elle demande un effort de volonté permanent, renouvelé à chaque repas, à chaque rayon de supermarché, à chaque pensée alimentaire. Personne ne tient ça sur la durée. Personne. Ce n’est pas un jugement sur vous, c’est une description du fonctionnement humain.
Le combat était perdu d’avance, et voici pourquoi
Regardez qui on a mis face à face dans ce combat.
Dans un coin : votre volonté. Consciente, limitée, fatigable, occupée par ailleurs à gérer votre travail, vos proches, votre vie.
Dans l’autre : votre régulation biologique. Permanente, automatique, infatigable, et convaincue, à chaque restriction, que vous traversez une famine qu’il faut compenser. Elle ne dort jamais, elle ne se décourage jamais, et elle a des millions d’années d’entraînement.
Et voici le détail qui rend le combat structurellement inéquitable : pour gagner, votre volonté doit l’emporter à chaque fois. Chaque repas, chaque envie, chaque soir, pendant des années. Votre corps, lui, n’a besoin de gagner qu’une fois de temps en temps pour reprendre ce qu’il considère comme son dû. Vous pouvez remporter cent rounds : le cent-unième suffit à tout reprendre, et il finit toujours par arriver, puisque la ressource s’épuise et que la pression, elle, ne s’épuise pas.
Perdre ce combat n’est pas une preuve de faiblesse. C’est le résultat prévu par les règles du jeu. La seule erreur, et elle n’est pas la vôtre, c’est qu’on vous ait inscrit à ce combat en vous promettant qu’il était gagnable.
Le paradoxe : plus de volonté aggrave le problème
C’est la partie la plus contre-intuitive, et la plus importante.
Quand ça craque, la réponse spontanée est d’en remettre : plus de contrôle, plus de rigueur, un cadre plus strict. Or plus le contrôle est serré, plus la surveillance mentale s’installe, cette voix qui calcule et qui juge en permanence, plus les aliments interdits occupent les pensées, et plus la rupture, quand elle arrive, est violente. Le cycle se durcit à chaque tour : la volonté d’aujourd’hui fabrique le craquage de demain, qui appellera encore plus de volonté après-demain.
C’est pour ça que les personnes les plus disciplinées ne sont pas épargnées, elles sont souvent les plus touchées. Leur discipline leur permet de tendre le ressort plus fort et plus longtemps. Le retour n’en est que plus brutal.
Ce qui remplace la volonté (et qui ne s’épuise pas)
Alors, si ce n’est pas la volonté, quoi ? La réponse tient en une phrase : un comportement ne se maintient à vie que s’il n’exige pas d’effort permanent.
Vous ne mobilisez aucune volonté pour boire quand vous avez soif, dormir quand vous êtes épuisé, vous couvrir quand vous avez froid. Votre corps régule, vous suivez, et ça tient depuis toujours sans que personne ne parle de discipline. L’alimentation fonctionnait ainsi, chez vous aussi, avant que les règles extérieures ne couvrent les signaux : la faim, l’envie, le rassasiement, la satisfaction. Ces signaux n’ont pas disparu, ils ont été recouverts, et ce qui a été désappris peut se réapprendre.
Réapprendre à s’appuyer sur eux plutôt que sur la volonté, c’est tout le travail que je mène en consultation, et que je détaille pas à pas dans EatZen. Ce n’est pas plus facile au sens où il n’y aurait rien à faire : c’est un vrai chemin, avec des étapes. Mais c’est un chemin qui débouche, parce qu’à l’arrivée, le maintien ne coûte plus rien. On ne tient pas sa vie entière à la volonté. On la vit avec un corps qu’on a cessé de combattre.
Faites le point
Le sentiment de manquer de volonté n’est qu’un morceau du tableau. Pour voir l’image entière, j’ai construit un quiz de treize questions, à partir de ce que j’entends en consultation depuis des années : la tête qui surveille, le corps qu’on n’entend plus, les émotions qui mènent au placard, la guerre qui dure. Trois minutes, résultat immédiat, sans email.
Pas encore prêt à faire le point ?
Recevez mes conseils directement
Comprendre pourquoi les régimes échouent, sortir des compulsions, retrouver des repas apaisés. Et l’annonce d’EatZen en avant-première.
Zéro spam garanti (6x / an max): Je déteste ça !
Vous préférez en parler de vive voix ?
Je consulte à Dourdan, à Étampes et en visio. Sans jugement, et sans balance obligatoire.
Stéphane Persyn, diététicien-nutritionniste spécialisé en obésité, praticien du G.R.O.S.-TCA, formé ACT. On m’a longtemps cru volontaire puis faible, selon les années : mon histoire est ici.
